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La laminite et la fourbure 

 

 

La laminite est définie comme un affaiblissement du lien entre les lamelles épidermiques (rattachées à la muraille externe) et les lamelles dermiques (rattachées à la troisième phalange). Elle peut se manifester à divers degrés. Si cet affaiblissement persiste et progresse, le déchirement des lamelles aura comme conséquences une instabilité de la troisième phalange (P3), la compression de la sole, des veines et artères du sabot. Le cheval sera extrêmement souffrant et sa mobilité sera grandement réduite voir même impossible. Si l'on constate radiologiquement une rotation de P3 et/ou un abaissement de P3 dans la boîte cornée, on appelle cet état la fourbure.

 

Si votre cheval souffre de fourbure, il faut tout d’abord en trouver la cause puisque la fourbure n’est pas en soi une maladie mais généralement  la conséquence suite à une série de troubles métaboliques (syndrome métabolique équin ou SME), les deux causes principales étant la résistance à l’insuline (RI) et la maladie de Cushing. On estime que plus de 80% des cas de fourbure sont le résultat de ses troubles. Aux États-Unis, plus d’un million de chevaux fourbent annuellement, soit environ 20% des chevaux. Les autres causes beaucoup plus rares sont par exemple des infections systémiques (telles que la fièvre de Potomac), un cheval qui ingère accidentellement une grande quantité d’hydrates de carbone (tel que de la moulée) ou un cheval qui doit surcharger un membre pour de longues périodes, par exemple lors d’une fracture du membre opposé.

Je vais ici me concentrer sur les chevaux qui souffrent du syndrome métabolique équin (SME) puisque la grande majorité des cas de fourbure sont liés à ces problèmes.

 

Fourbure résultant de troubles métaboliques

 

Si l’on essaie rétablir les sabots d’un cheval fourbé en raison de troubles métaboliques sans changer son alimentation ou traiter par médication la maladie de Cushing, tous les efforts de parage seront en vain. Comme dit si bien le pareur américain spécialisé en réhabilitation de fourbure Pete Ramey, ‘’you can’t trim you way out of founder’’  que je traduis par ‘’le parage ne va pas régler la fourbure’’.

Le ECIR Group  est une société sans but lucratif américaine dont le but premier est de venir en aide aux chevaux métaboliques. Selon leur constat, la résistance à l’insuline (RI) n’est pas une maladie mais un ensemble de facteurs génétiques qui rendent certains chevaux particulièrement sensible aux taux d’hydrates de carbone non-structuraux (HCNS) dans leur alimentation. On ne peut pas les guérir; il faut plutôt apprendre à gérer les facteurs qui risquent de déclencher un taux d’insuline élevé, qui lui, aura pour conséquence de causer la fourbure chez cet individu.

 

Les signes de résistance à l’insuline (RI)

 

  • Le cheval prend du poids facilement et est souvent obèse

  • Manque d’énergie (semble paresseux)

  • Dépôts de gras anormaux tels que sur l’encolure, la base de la queue, au fourreau, aux épaules

  • Boursoufflure au-dessus de l’œil

  • Insuline élevée mais taux de glucose normal

  • Historique de laminite (fourbure), souvent après avoir été au pâturage

  • Déviation murale excessive (étirement de la ligne blanche)

  • Sabots sensibles, sole mince. En randonnée, le cheval cherche toujours les terrains plus mous

  • Lignes horizontales visibles sur la paroi externe du sabot

 

Un poids santé

 

Si votre cheval est à haut risque, la première chose à faire est de vérifier si le poids de votre cheval est à un niveau sain. Idéalement on cherche une cote de chair entre 4.5 et 5.5 sur l’échelle du Body Condition Score Chart. Si votre cheval est en surplus de poids, une réduction des calories s'impose. Ne réduiser jamais en bas de 1.5% de son poids corporel actuel en foin ou 2% de son poids idéal.  Ceci étant dit, il est probable que votre cheval aura faim, surtout au début de son régime si on réduit la quantité de foin auquel il est habitué. Des filets à foin avec de petits trous (moins d'un pouce de diamètre) sont très utiles pour ralentir la consommation. On veut que notre cheval mange tout le temps, mais en petite quantité pour maintenir son taux d’insuline stable. J’aime bien les N.A G. nets. Ils sont abordables et très durables.

 

La gestion du cheval métabolique passe par une alimentation basse en hydrates de carbone et en gras combinée à des vitamines et minéraux équilibrés.  Les grains ou moulées de toutes sortes ainsi que l’herbe fraîche doivent être complètement éliminés jusqu’à ce que le taux d’insuline soit régularisé. Il est même possible que certains chevaux ne puissent plus jamais en consommer. Le ECIR Group recommande que tout aliment (foin ou supplément) soit testé en laboratoire et démontrent un taux d’HCNS à 10% ou moins.

Pas tous les laboratoires calculent les taux d'hydrates de carbones de la même façon, ce qui peut porter à confusion. Au Québec, le laboratoire Agri-Analyse calcule ce taux tel que le recommande le ECIR Group. En attendant vos résultats, il est recommandé de tremper votre foin 1h dans l’eau et de l’égoutter avant de le servir afin de réduire de façon significative les sucres solubles à l’eau. Idéalement on offrira du foin à 10% ou moins d'HCNS.

 

L'incidence du fer dans l'alimentation et les problèmes métaboliques

 

Les recherches sont encore en cours, mais il semble que le taux de fer sanguin chez les chevaux aurait une incidence sur la résistence à l'insuline et possiblement sur la maladie de Cushing. Le ECIR Group a constaté que plusieurs chevaux ce sont grandement améliorés lorsqu'on a étroitement contrôlé le taux de fer chez certains chevaux. Les deux plus grandes sources de fer chez l'alimentation du cheval sont l'eau et les minéraux. Certaines mauvaises herbes sont aussi élevées en fer. La filtration d'une eau riche en fer combinée avec un ajout de minéraux bas en fer sont donc deux choses à considérer si vous êtes en présence d'un cheval qui présente de la laminite chronique ou de la fourbure. Vous trouverez ci-bas des liens à des articles scientifiques à ce sujet.

 

Comment alimenter un cheval résistant à l'insuline (RI)

 

  • Éliminer tous suppléments/gâteries qui contiennent du sucre (carottes, bonbons commerciaux, etc.)

  • Aucun accès à de l’herbe tant que la RI n’est pas contrôlée. Possiblement avec une muselière dans le futur.

  • Foin testé à 10% HNSC ou moins. Si les HCNS sont plus élevés, tremper au moins 1h et égoutter afin de réduire les sucres solubles à l’eau.

  • On peut ajouter de la paille (testée à 10% HCNS ou moins) pour rencontrer les besoins de mastication et de fibres sans ajouter trop de calorie.

  • On peut remplacer une partie de la fibre en ajoutant de la pulpe de betteraves sans mélasse (ou tremper et égoutter) et/ou des cubes Timothy Balance de Ontario Dehy  qui ont une analyse garantie de 10% en HCNS.

  • Nourrir 3 à 4 fois par jour avec des filets. Commencer avec 2% du poids idéal en foin. Si le cheval ne perds pas assez de poids dans les mois suivants, baisser à 1.5% de son poids en foin. Par exemple un cheval de 500 kg aurait 10 kg de foin/jr à 2% de son poid idéal.

  • Ajouter minéraux et vitamines sans sucre et bas en fer. Après de nombreuses recherches j'ai trouvé que la compagnie canadienne MadBarn offre les plus bas taux de fer sur le marché en plus de n'avoir aucun sucre dans leur formulation. Soit l'Omneity P (taux bas en fer) ou le Amino Trace P (très bas en fer, développé en association avec le ECIR Group) sont de bons choix. Mad Barn fait aussi un supplément spécifiquement pour aider les chevaux résistant à l'insuline, le IR supplement.

  • Ajouter des omégas 3 pour aider à réduire l’inflammation et réguler l’insuline. La graine de lin fraîchement moulue est une option qui fournit des omégas 3 de type ALA. Jusqu’à 500g /jr au besoin.

  • Il y a aussi de bonnes huiles commerciales exprès pour chevaux mais assurez-vous que les huiles sont élevées en omégas 3, non pas en omégas 6. Les huiles de Lozana (ALA) et Mad Barn(DHA) sont de bons choix.

 
 

Approche thérapeutique

 

Au fil des ans, de nombreuses recherches ont été effectuées sur la physiologie du sabot ainsi que sur les troubles métaboliques. Plusieurs théories longtemps acceptées ont maintenant été démenties. Les vétérinaires et chercheurs tels que le Dr Robert Bowker de l’université du Michigan et Dre Debra Taylor de l’université Auburn en Alabama, Dre Eleanor Kellon et le maréchal Pete Ramey pour en nommer que quelques-uns, ont démontrés que de nouvelles approches étaient nécessaires tant pour contrer l’apparition de la résistance à l’insuline et du Cushing que pour réhabiliter les sabots affectés par la fourbure.

 

Le protocole qui est encore aujourd’hui rencontré le plus souvent, avec généralement un pronostic pauvre, est le suivant :

 

  • Pas assez de rigueur quant à l’alimentation du cheval, mise à part éliminer l'accès au paturage. On oublie d'analyser les suppléments et rations complètes qui sont offertes aux chevaux. Plusieurs produits qui s'affichent ''bas en HCNS'' sont en effet beaucoup trop élevé pour des chevaux RI, malgré ce que les compagnies veulent nous laisser croire par leur marketing.

  • Effectuer les prises de sang à jeun et/ou ne vérifier que le taux de glucose avec des bandelettes et un testeur de glucose humain

  • Proposer d'élever le talon (pour supposément réduire la tension sur le tendon fléchisseur profond). Ceci a pour effet de basculer le poid du cheval vers la pince, exactement ou les lamelles sont en inflammation et fragile. Si on observe un cheval fourbé, on constate qu'il tente pourtant lui-même de charger son talon pour trouver du confort.

  • Empêcher tout mouvement avec un confinement au box.

  • Appliquer un ferrage souvent barré à l’arrière, parfois un ferrage à l'envers. Tout ferrage appliquera davantage de stress sur les lamelles en inflammation en imposant au sabot de porter la majorité de sa charge sur la muraille.

  • Recommander de mettre les pieds dans la glace plusieurs fois par jour. Cette pratique présente de nombreux désavantages; c'est un grand défi pour le client et le cheval qui est en douleur, le trempage ramolli la sole et le froid limite la circulation déjà compromise chez le cheval. Le seul cas ou la glace est démontrée à être bénéfique est lors de laminite induite par la septicémie (telle que suite à une fièvre importante). La mise en glace des sabots pour 48 à 72 heures ininterrompus peut éviter le relâchement d'endotoxines aux pieds. La majorité des cas de fourbure sont causés par un taux d'insuline élevé pour lesquels la glace sera non seulement d'aucun bénéfice mais pourra même aggraver la situation.

 

Voici les nouveaux protocoles qui sont recommandés par des vétérinaires et maréchaux qui ont obtenus des résultats impressionnants :

 

  • Tout aliment que consomme le cheval doit être à 10% ou moins de teneur en hydrates de carbone non-structuraux (HCNS).

  • Contrôler les quantités de foin de façon systématique en pesant le foin pour établir les portions journalières afin d'obtenir une perte de poids lorsque nécessaire.

  • Ajouter omégas 3 et minéraux équilibrés.

  • Être vigilant à réduire le fer absorbé. Filtré l'eau si nécessaire et vérifier les taux de fer dans les formules de vitamines et minéraux offertes aux chevaux.

  • Les prises de sang doivent être faites sur un cheval NON à jeun, mais nourri au foin seulement. On veut comparer le ratio de glucose par rapport à l’insuline. On peut aussi mesurer le taux de leptine. Un taux élevé de leptine est un indicateur de risque élevé pour ce cheval de devenir résistant à l’insuline. Il aide à éviter les faux négatifs.

  • Rétablir le plus possible l'angle de P3 par rapport au sol à moins de 10 degrés par des parages fréquents.

  • Appliquer un biseau (mustang roll) sur la muraille par rapport au sol pour ainsi décharger la pression exercée sur les lamelles.

  • Distribuer la charge sur l'ensemble du pied (avec bottes et coussins 24 h/jr)  ce qui diminuera la charge sur les lamelles (ce qu'un ferrage imposerait). Voir les conseils pour réussir avec cette approche sur la page bottes.

  • Permettre au cheval de bouger dans des terrains mous, de façon limitée et/ou contrôlée avec protection tant qu'on puisse obtenir une biomécanique talon en premier lors de l’appui du sabot au sol. C'est la compression/décompression du sabot qui rétablira la circulation sanguine aux sabots. Un cheval qui ne bouge pas au box garde majoritairement ses sabots en situation de compression, ce qui nuit à la guérison.

  • Augmenter le mouvement progressivement au fur et à mesure que le cheval s’améliore.

  • Anti-inflammatoires au besoin suivant les recommandations du vétérinaire accompagné de médication (oméprazole) ou suppléments pour limiter les troubles gastriques possible tels que les ulcères (Visceral de Mad Barn en est un excellent).

  • Inclure des thérapies complémentaires telles que le laser, la massothérapie et l'acupuncture.

 

 

Pour en apprendre davantage, je vous encourage à regarder les liens suivants :

 

Protocole de réhabilitation de Pete Ramey et Dr Debra Taylor 

 

Pete Ramey sur la laminite

 

Pete Ramey sur la descente de P3

 

Conférence vidéo de Dr. Debra Taylor sur ce qui décrit un sabot sain 

 

Étude qui démontre que la théorie d'augmenter l'angle de P3 est contre-productive

 

Étude qui parle de l'importance pour le cheval de bouger dans le cas de fourbure

 

 

Recherches sur les problèmes liés au taux de fer:

 

Iron overload in horses by Dr Kellon

 

Equine insulin resistance high iron, Dr. Frank K. Reilly

 

 

Études de cas

Voici des chevaux fourbés avec lesquels le propriétaire et moi-même avons suivi autant que possible les
recommandations du protocole détaillé auparavant et les résultats obtenus.

Cliquez sur chaque image pour obtenir plus de détails sur chaque cas.