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Naviculaire

 

C'est le diagnostique que personne ne veut entendre: votre cheval souffre du syndrome du naviculaire. Mais qu'est-ce que ça signifie et peut-on améliorer sa condition?

 

Premièrement regardons les symptômes:

  • Le cheval présente une boiterie, généralement plus prononcée d'un côté.

  • Il se déplace avec des foulées courtes, saccadées et atterri en pince, s’enfarge, n’est pas en avant (forward).

  • Pointe souvent un pied en avant lorsqu’au repos.

  • Les sabots se présentent typiquement de deux façons; avec soit une pince longue et un talon fuyant (angle à moins de 45 degrés) ou avec des talons excessivement contractés et très haut.

 

À l’évaluation du vétérinaire:

  • La boiterie peut s'accentuer suite à des évaluations ou l'on place les sabots sur des blocs angulés qui forcent le poids soit vers l'avant ou l'arrière du sabot.

  • Le cheval peut être sensible à une évaluation à la tricoise (hoof tester)

  • Le cheval répondra bien à un bloc anesthésiant à l’arrière du sabot. Souvent la boiterie apparait soudainement sur l’autre sabot, non-anesthésié

  • Peut présenter ou non des lésions à l’os naviculaire à la radiographie. Les dommages aux tissus conjonctifs sont difficilement identifiables à moins d'un examen en imagerie par résonance magnétique (IRM)

 

Depuis l'avènement de la résonance magnétique, on réalise que le syndrome du navicualire est bien plus un problème causé par des lésions aux tissus conjonctifs (tendons et ligaments) que par des problèmes osseux. Dans bien des cas, il est possible de réhabiliter ses tissus. Il y a donc de l'espoir pour les chevaux atteints. Mais comment le cheval fait-il pour endommager les tissus conjonctifs des ses pieds créant ainsi le syndrome du naviculaire? Pour répondre à cette question, il faut d'abord pouvoir définir un sabot sain et une biomécanique optimale, ce qui n'est pas évident puisque même en 2018, peu sont du même avis sur sa définition. Il commence à y avoir un consensus auprès de certains vétérinaires et maréchaux sur les éléments qui constituent un sabot sain. Je vous encourage à consulter les liens au bas de cette page pour écouter les Drs. Bowker et Taylor à cet effet.

 

Anatomie

 

Lors de l'évaluation d'un sabot, nous avons tendance à nous concentrer sur l'apparence extérieure de la boite cornée du sabot, tel que la longueur de la pince et l'angle de la muraille par rapport au sol. Bien qu'il s'agisse d'indicateurs importants, ils ne tiennent aucunement compte de la qualité des structures internes du pied. Les recherches scientifiques de Pete Ramey, Dr. Robert Bowker et Dre. Debra Taylor mettent en lumière l'importance d'évaluer les structures internes pour vraiment déterminer la santé des sabots. Le niveau de développement de ces structures (ou leur absence) semble également prédire les chances de maintenir un cheval sain au fil des années, particulièrement en ce qui a trait aux problèmes de types naviculaire.

 

Dans cette vue du sabot d’un cheval sauvage coupé au centre de la pince, nous voyons un coussin plantaire magnifiquement développé situé juste au-dessus de la fourchette. Lorsque sain, le coussin est composé de fibrocartilage dense et possède une multitude de micros vaisseaux sanguins pour aider à dissiper les forces crées par l’impact du sabot avec le terrain. Le coussin et la fourchette protègent à la fois le tendon fléchisseur profond (TFP) et la région naviculaire. Les cartilages latéraux se trouvent de chaque côté de l'os de la troisième phalange (pas visible avec cette vue). Ils aident à garder le sabot en bonne santé en permettant une torsion latérale (par exemple, si un talon côté du talon atterri sur une roche ou si un cheval se déplace en cercle). Comme la plupart des terrains sont inégaux, il est important de permettre au sabot une certaine flexion pour s'y adapter.

 

Qu'est-ce qu'une biomécanique optimale?

 

Beaucoup d'experts s'entendent maintenant sur le principe suivant : pour avoir une biomécanique optimale qui minimisera les tensions sur l’ensemble des tissus, les chevaux doivent  poser leur pied au sol talon premier. En observant l’anatomie, ça semble plutôt évident pourquoi. Si vous étiez un cheval de 500 kg, préféreriez-vous atterrir en pince (le devant du sabot), donc sur un os (P3) ou bien sur des tissus conçus pour absorber et dissiper l'énergie en occurence la fourchette le coussin plantaire et les cartilages latéraux bien alimentés par un vaste réseau de vaisseaux sanguins ?

 

En anglais, il y a une expression qui dit ‘’ use it or lose it’’ qui se traduit par ‘’utilise-le ou perd-le’’.  Ce dicton s'applique parfaitement à la partie postérieure du sabot. Si le cheval ne dépose pas son pied talon en premier, tous les tissus conçus pour la dissipation de l’énergie vont s’atrophier. Lors d'un appui au sol talon premier, donc d'une biomécanique optimale, voici ce qui se passe dans le sabot:

  • Les tissus flexibles (coussin plantaire, cartilage latéraux, fourchette) s'élargissent sous la pression du pied qui frappe le sol, créant une expansion et une torsion à l'arrière du sabot.

  • Cette expansion créer un pression négative qui tire une quantité appréciable de sang dans les tissus de la boite cornée.

  • La colonne osseuse s'abaisse au sol se comprimant sur un coussin plantaire et des cartilages latéraux alors gonflés de sang pour dissiper l'énergie (theory of hemo-dynamics de Dr. Robert Bowker)

  • P3 bascule vers le bas et relâche le tendon fléchisseur profond dégageant la région naviculaire

  • Le sabot bascule ensuite vers l'avant, la partie postérieure (dite caudale) se contracte et donc repousse le flux sanguin hors du sabot.

  • Le sabot bascule vers l'avant et l'appui est transféré vers la pince (P3) et pour compléter son cycle de poussée au sol.

 

Que se passe-t-il avec une mauvaise biomécanique?

 

Si le cheval a, par exemple, une infection à la fourchette ou que son sabot ne s'est jamais développé correctement et qu'il est sensible à l'arrière du pied, il évitera la douleur en changeant sa biomécanique pour atterrir pince en premier, ce qui aura les effets suivants:

  • Il atterri sur le devant du sabot et donc directement sur un os (P3) qui n'est pas conçu pour dissiper d'aucune façon les forces de l'impact avec le sol.

  • Le sabot doit ensuite basculer vers le talon ou les tissus ne seront pas bien vascularisés puisque l'expansion ne s'est pas produite. Cette motion créé énormément de tension sur le tendon fléchisseur profond (TFP) et la zone naviculaire.

  • Le TFP subira une deuxième tension lorsque le pied basculera ensuite vers l'avant, irritant du même coup la zone fragile du naviculaire.

 

L'approche conventionnelle palliative en présence de naviculaire

Les recommandations typiques lorsque son cheval est diagnostiqué avec le syndrome du naviculaire sont typiquement les suivantes:

  • L'application d'un ferrage de type ''egg bar'' ou ''barré''.

  • L'ajout d'un pad rigide en plastique et/ou l'application d'un pad coulé en silicone.

  • L'élévation des talons à l'aide d'un pad à degrés, qui propulse davantage le sabot vers un appui sur P3.

  • L'ajout d'anti-inflammatoires journaliers (tels que Prévicox ou butazone)

 

Selon mon opinion et celle des gens qui m'ont formé, toutes ses approches sont palliatives et non pas thérapeutiques. Pourquoi je dis ça? Parce qu'un traitement qui n'agit pas directement sur la maladie ou qui la soulage sans pouvoir la guérir est dit palliatif.

 

Alors pourquoi le cheval peut sembler mieux? Parce que ces approches apporteront un soulagement temporaire en changeant légèrement l'appui vers une zone moins endolorie.  Le ferrage étant maintenant encore plus rigide, il limitera encore davantage le mouvement de l'arrière du sabot et réduira par conséquence la circulation sanguine encore plus. Le sabot sera ainsi plus engourdi (donc temporairement moins douloureux) mais ne pourra jamais guérir ou s'améliorer. La boiterie va inévitablement réapparaître parce qu'on ne va pas à la source du problème. On ne fait que masquer les symptômes.

 

Une vraie approche thérapeutique

 

La seule façon de régler le problèmes est de faire en sorte que le cheval retrouve une biomécanique optimale et rebâtisse les tissus à l'arrière du sabot. La meilleure façon est de placer le cheval sur un terrain qui encourage la stimulation de l'arrière du pied sans pour autant le rendre douloureux. Plusieurs spécialistes en réhabilitation, dont Dr Robert Bowker aux USA et Nic Barker de Rockley Farm en Angleterre, on mis sur pied des centres thérapeutiques qui offre aux chevaux les condition suivantes:

  • L'accès aux chevaux 24/7 à des sols recouvert majoritairement de pierres de rivières (pea gravel).

  • Un système de pâturage formé d'une piste (au lieu d'un rectangle). Cette approche a été prouvé à augmenter significativement le mouvement chez les chevaux. C'est connu sous le nom de Paddock Paradise.

  • Une vie en troupeau.

  • Une alimentation basse en hydrates de carbones non-structuraux (voir la section fourbure pour plus de détails) et un ajout de vitamines et minéraux de qualité.

Tous ces éléments encourage le mouvement. Généralement la biomécanique est rapidement améliorée parce ce que des sols souples et conformables stimulent l'arrière du pied tout en gardant le confort. Il faut se rappeller qu'il est normal pour un cheval d'atterrir en talon; il n'atterri en pince que pour éviter de la douleur. En absence de douleur, il retrouvera assez volontairement unposer du pied au sol talon premier.

 

Évidemment on a pas tous le luxe d'avoir accès à un Paddock Paradise...ce qui ne rend pas pour autant la réhabilitaiton impossible. Mon outil de choix pour restaurer une biomécanique optimale (talon premier) est l’utilisation de bottes et de coussins. Pourquoi? Parce que les coussins rétablissent le confort ce qui encourage le cheval à atterir correctement et les bottes protègent tout en permettant l’expansion et la flexion du sabot (contrairement au fer en métal fixe). Cette expansion/flexion améliore la circulation sanguine pour une meilleure dissipation des impacts. Garder la fourchette en bonne santé et à l'abri des infections est un autre facteur clé du succès. Pour plus d’information sur l’utilisation des bottes pour la réhabilitation, cliquer sur ma page bottes. Mon second choix est de procéder avec des fers souples collés. Cette option a l'avantage de demander moins d'intervention du propriétaire mais c'est par contre plus dispendieux et son application au sabot est complexe.

 

Je vous encourage à observer votre propre cheval en mouvement. Si vous constater que votre cheval atterri en pince, il serait très important de changer son mouvement. Sinon il est fort probable que votre cheval développera à moyen terme des problèmes de type naviculaire.

 

Voici un exemple d'un cheval observé lors d'une formation qui avait été diagnostiqué avec le syndrome du naviculaire. Nous avons procédé à son évaluation en mouvement. La qualité du vidéo est loin d'être parfaite mais il illustre bien comment rapidement on peut modifier la biomécanique d'un cheval. Veuillez svp observer les comportements suivants:

  • Ses allures sont saccadées et sans impulsion même s'il retourne vers l'écurie et donc, ses amis.

  • Le corps du cheval est raide et crispé.

  • Il atterri en pince et donc sur un os (P3) et charge donc l'arrière de son sabot de façon secondaire 

  • Il n'y a aucune suspension dans son mouvement. Ses foulées sont courtes. 

Voici le même cheval 5 minutes après. Aucun parage n'a été fait. La seule chose qu'on a faite est de lui ajuster 4 bottes avec des coussins pour supporter et protéger l'arrère de ses pieds. Remarquez les choses suivantes:

  • Son mouvement est plus fluide et son il a plus d'impulsion même s'il s'éloigne de l'écurie et de ses amis

  • Son corps est beaucoup plus détendu

  • Il atterri en talon et donc charge l'arrière du pied de façon primaire

  • Il a de la suspension dans son mouvement et ses foulées sont plus longues.

En tant que pareur, j'ai appris à évaluer la partie postérieure du pied par palpation ainsi qu’à observer la biomécanique chez le cheval en mouvement. En présence d’un sabot faible et d’une biomécanique incorrecte c’est mon rôle de trouver une façon de rétablir le confort à l’arrière du pied afin d’encourager le cheval à retrouver une biomécanique optimale, soit talon en premier. Même un mauvais sabot peut s'améliorer avec le temps et une bonne stimulation. Si vous souhaitez des informations plus détaillées, je vous encourage à consulter les liens ci-dessous.

 

Dr. Debra Taylor of Auburn University

Is the hoof smart? Adaptability of the equine foot

 

Pete Ramey

Newly Discovered Shock Absorber in the Equine Foot

 

Digging for the truth about navicular syndrome

 

Dr. Robert Bowker

The digital cushion 

navicular syndrome

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Osteoporosis of the coffin bone